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[Escrito en San Sebastián a 27 de noviembre de 2007; publicado originalmente en la revista Europe Echecs (diciembre de 2007); traducido por Nadia Brouardelle]
Cinq joueurs d’échecs qui, ont eu leur heure de gloire en étant proclamé au moins une fois champions du monde, plus la meilleure joueuse de tous les temps… Cinq génies de cette discipline enfermés dans un énorme “cube” en verre jouant pour une cause humanitaire. Cette phrase définit les base complexes et peu conventionnelles du tournoi qui s’est déroulé à Vitoria-gasteiz (Alava, Espagne) du 1er au 15 novembre, un tournoi où Topalov fut proclamé champion, un exploit réalisé à sa manière avec un remarquable sprint final, avec la victoire consécutive des trois dernières parties, obtenant de cette façon un avantage d’1,5point sur le deuxième du classement.
À la base, les invités à cette compétition étaient Topalov, Ponomariov, Karpov, Kasimdzhanov, Judit Polgar et Alexander Khalifman; cependant le jour précédent le début du tournoi, l’organisation reçut la nouvelle qu’Alexander avait dû être hospitalisé à Saint Petersburg et qu’il était sur le point d’être opéré. En moins de 24 heures, ce ne fut pas facile de trouver un remplaçant digne de Khalifman; mais finalement l’organisation se mit en contact avec Liviu Nisipeanu, qui courageusement et généreusement acepta l’invitation de dernière heure et vola immédiatement de Bucarest à Vitoria: “le fait qu’il s’agissait d’un tournoi à valeur humanitaire m’a convaincu d’accepter l’invitation”, déclara-t-il un peu plus tard.
Le début du tournoi s’inscrivit sous la domination du participant le plus jeune, Ruslan Ponomariov, qui fit montre d’une grande solidité face au hauts et aux bas de ses rivaux. L’ucranien arriva à l’avant-dernier tour invaincu et avec un demi-point d’avantage sur le deuxième du classement, Veselin Topalov. Mais le bulgare, très célèbre pour ses remontées spectaculaires dans la phase finale de n’importe quel tournoi, resurgit savamment et de la même manière à Vitoria: durant ses trois derniers affrontements, il battit tour à tour Nisipeanu –qui jusqu’alors demeurait invaincu- Ponomariov –au cours d’une partie héroïque qui condamna le tournoi, puisque se produisit alors un changement décisif de leader- et en fin en battant Judit Polgar, qui dans une tentative désepérée de bien se classer , prit trop de risques et finit par le payer. La hongroise finit par occuper la troisième/quatrième place du tournoi. Par ailleurs, il est juste de dire que Judit n’a pas fait gala de son meilleur niveau de jeu. Elle doit la victoire de quelques parties aux graves erreurs de ses adversaires.
Judit partagea sa place dans la classification avec le roumain Nisipeanu, qui bien qu’ayant attérri à Vitoria à la dernière minute et sans aucune préparation, démontra que ses ressources et son niveau dans cette discipline sont excellents, et qu’il peut tranquillement flirter avec l’élite mondiale. Cinquième place pour Rustam Kasimdzhanov, qui malgré un début manqué dans ce tournoi- en condamant son roi, refit peu à peu surface et reçut le prix à la plus belle partie, partie qu’il disputa et gagna de façon spectaculaire contre Karpov; avec un ou deux tours de plus, son résultat aurait sans doute été meilleur.
La dernière position fut pour Anatoly Karpov, probablement le pire résultat de sa très longue carrière sportive. Le grand Tolia, hyperactif comme toujours, était spécialement motivé pour ce tournoi, et bien qu’il fit montre de temps en temps de son énorme talent, ce fut le temps qu’il ne contrôla pas toujours qui anéantit de part et d’autre ses efforts. Dramatique fut en effet sa défaite face à Judit Polgar, où il démontra un excellent niveau de jeu qu’il détruisit en commettant une grave erreur.
Le “cube” en verre
Le “cube” vitrifié, complètement insonorisé, dans lequel les joueurs entraient tous les jours pour faire preuve de leur génie, est l’un des aspects remarquables de ce tournoi innovateur. “L’intention principale de cette cabine en verre”, raconte l’attaché de presse David Llada, “est d’éviter que les spectateurs soient soumis au silence pendant les longues heures de jeu”. A Vitoria les grands amateurs de cette discipline pouvaient parler, poser des questions, participer ou écouter les entretiens des commentateurs (le journaliste Leontxo García et Alfonso Romero)… tout cela à quelques pas des Stars de l’échiquier. En effet, les joueurs étaient complètement isolés, puisque le verre annule tout les bruits allant jusqu’à 60 décibels; Ceci signifie que l’on pourrait placer cette cabine en verre au milieu d’un rond-point avec une circulation dense sans que les occupants soient gênés par le bruit des voitures circulant autour de cette dernière. Remarquable aussi l’éclairage spécial qui faisait que de l’intérieur les joueurs voyaient à peine l’ombre du public. Il s’agissait donc de conditions optimales pour les joueurs, d’une part, et pour les spectateurs, d’autre part, qui pouvaient savourer sans aucune contrainte les palpitantes parties. C’est cette idée et son imitation sur laquelle comptent les organisateurs du tournoi de M-Tel à Sofía, ou ceux du prochain tournoi du Grand Slam à México.
Un hôpital au Congo
Cependant, le plus important de Vitoria, ce qui restera dans le souvenir, au-delà de la victoire impresionnante de Topalov et de l’originale “cabine” en verre, c’est la cause humanitaire du tournoi. La bienfaisance est en effet le protagoniste transcendant de ces quinze jours. Ce tournoi avait pour but de réunir les fonds nécessaires pour équiper de matériel médical un hôpital à Mbuji-Mayi, une des régions les plus pauvres du Congo. Pour parvenir à cet objectif, le tournoi d’échecs s’est vu enveloppé d’événements parallèles, certains d’une grande ampleur: un cycle de concerts de l’orchestre symphonique Russe, un défilé des modèles de créateurs de la célèbre Pasarela Cibeles de Madrid, une vente aux enchères d’objets donnés par des sportifs comme le joueur de tennis David Ferrer ou encore par la légende du cyclisme Miguel Induráin. Enfin un dîner de clôture dont le menu, élaboré par deux des meilleurs cuisiniers basques, Mari Arzak et Martín Berasategui s’inspirait des saveurs congolaises. Les joueurs d’échecs voulurent également se joindre à l’esprit solidaire de ce tournoi; tous donnèrent au projet l’argent du montant de leur prix qui leur revenait d’après leur classement. Topalov non seulement fit don de son prix, 18.000 euros, mais il remit aussi pour la vente aux enchères, la plaque commémorative qui lui fut offerte en 1989, date à laquelle il devint champion du monde de la catégorie des 14 ans… une donation d’une grande valeur sentimentale.
La mairie de Linares a également voulu faire un geste de solidarité: le maire de la ville d’Espagne qui supporte le plus la discipline des échecs est venu jusqu’à Vitoria et a annoncé que la municipalité financiera la construction d’un puits dans cette région congolaise, dans un endroit proche de l’hôpital.
